Sommes-nous libres de nos choix ?

Aujourd’hui, avec tout ce qu’il se passe pour moi d’un point de vue professionnel, un billet « humeur » s’imposait. J’avais envie de mettre le chrono sur pause le temps d’un article. De poser des mots pour s’entendre réfléchir, à soi et à sa vie. Réfléchir à sa vie suppose de prendre du recul et de regarder ses choix, entre autre !

pause

L’ouverture de mon cabinet libéral soulève des questions sur mes choix professionnels telles que « pourquoi je suis devenue psychologue ? Quel est le processus qui a cheminé en moi pour aboutir à ce projet professionnel ? Qu’est ce qui m’a plu dans ce métier et qu’est ce qui fait qu’il m’anime au quotidien ? Est-ce moi qui aie choisi ce métier ou l’inverse ?! ».
Donc pour résumer: est-ce que mes choix ont été fait en toute connaissance de cause ?

EH ! Rien que ça… Y’a pas à dire, être en vacances et malade, ça fait chauffer le cerveau.

Pour les plus cartésiens d’entre nous, la réponse est pourtant logique: oui, oui, oui, ouiiiiiii, bien évidement qu’on est libre de nos choix à partir du moment où personne ne nous met un flingue sur la tempe ! Donc si on élargit cette idée, ça voudrait dire que nous sommes 100% responsables des choix de notre vie… ou pas. Lorsque nous avons un choix à faire, nous pensons le faire en toute lucidité et pourtant… Est-ce aussi simple que ça ? Ces choix peuvent-ils guidés, influencés malgré nous par des expériences passées ?

Nous allons donc dans un premier temps analyser les choix de Chloé et ceux de Charlotte. Puis voir comment la psychologie peut nous permettre d’agir sur eux.

ANALYSER NOS CHOIX

Comme dans une dissertation de philo’, j’ai besoin de poser les définitions des deux termes principaux pour y voir plus clair:

Libre : Qui a le pouvoir, le droit de décider, d’agir par soi-même. Synonyme: autonome / indépendant.

Choix: Pouvoir, liberté de choisir (actif) ; existence de plusieurs partis entre lesquels choisir (passif). On lui laisse le choix.

Les choix de Chloé

Par le passé, j’ai fait la connaissance d’une collègue éducatrice spécialisée et nous avons sympathisé.
Chloé m’expliquait être venue s’installer à D. lorsqu’elle a décroché son premier poste dans une association qui vient en aide aux familles migrantes. La coïncidence était troublante puisque le public accueilli par cette structure ainsi que la ville faisaient écho à son histoire personnelle. En effet, la grand-mère de Chloé a du fuir son pays d’origine pour venir s’installer à D. (elle a par la suite déménagé dans le nord là où vit toute la famille de Chloé actuellement). Or, ce qui intriguait encore plus ma collègue, c’était le fait d’avoir craqué sur un appartement à une rue de l’ancien logement de sa grand-mère et ce, sans en avoir conscience. C’est à son emménagement que Chloé a appris par son père ce détail. Elle avait pourtant connu la ville de sa grand-mère, l’ayant visité à D. quand elle était encore petite.

Alors, hasards ou choix inconscients ?

Si nous reprenons un par un les choix de Chloé, nous comprenons qu’elle a passé de nombreux entretiens d’embauches au préalable mais qu’elle a décliné la plupart car les postes étaient en campagne et qu’elle souhaitait s’installer en ville. Nous comprenons ensuite qu’après plusieurs visites d’appartements, Chloé décide de poser ses valises dans un appartement « coup de cœur » de la ville de D. Elle s’y sent bien sans pouvoir dire pourquoi.

miroir

Mais si nous creusons un peu plus, nous pouvons nous questionner sur les raisons pour lesquelles Chloé s’est dirigée vers un métier du social (réparer les autres, se réparer), pourquoi avoir décliné tous les autres emplois sauf celui de D. (se soulager d’une dette vis à vis de l’aide qu’a pu recevoir sa grand-mère en arrivant) et pourquoi avoir décidé de vivre dans cette rue spécifiquement alors qu’elle disait ne pas avoir de souvenir de l’ancien quartier de sa grand-mère.

Si je reprends les définitions vues précédemment, Chloé a eu la liberté de choisir sa vie dans les faits. Elle a été libre de choisir son métier, libre de choisir son poste, libre de choisir la ville, libre de choisir son appartement. Mais ces choix étaient-ils tous conscients ?

Les choix de Charlotte

Charlotte me rencontre pour la première fois pour me parler d’une énième déception amoureuse. Elle est à bout, fatiguée d’enchaîner des relations toxiques et ne comprend pas pourquoi elle « tombe » toujours sur des hommes violents. Pourtant chaque début d’histoire est l’occasion pour elle de créer quelque chose de nouveau ! Charlotte est convaincue d’avoir enfin trouvé quelqu’un de bien. Mais toutes ses relations se ressemblent tristement. Elle a la sensation de stagner, d’être dans un cercle vicieux…

Aujourd’hui, Charlotte souhaite savoir pourquoi toutes ses relations sont des échecs.

Lorsque nous reprenons son histoire, j’apprends que Charlotte a grandi dans un climat de violence conjugale. Elle a été témoin de scènes traumatisantes, a parfois du s’interposer entre ses parents pour protéger sa mère sortant ainsi de sa place d’enfant et devenant ainsi le parent d’un parent. Manifestement, Charlotte a appris à banaliser la violence quotidienne et n’a pas les « outils » pour se protéger. Ce qu’elle recherche chez les hommes, c’est leur protection. C’est donc naturellement que Charlotte se dirige vers de « mauvais partenaires » car cela lui est « familier ».

En poussant la porte de mon bureau, Charlotte espère mettre fin à ce schéma répétitif et arrêter de faire les mauvais choix.

SE LIBÉRER DES TRACES DE NOTRE PASSÉ

Les choix de Chloé n’ont pas d’impacts négatifs sur sa vie contrairement à ceux de Charlotte. Cependant, en poussant la porte d’un cabinet de psy, Charlotte a déjà pris conscience que quelque chose d’inconscient motivait ses choix amoureux et que c’est en travaillant sur elle qu’elle s’en émancipera.

Ainsi, de nombreux éléments de notre vie personnelle peuvent influencer, guider notre vie si nous ne sommes pas vigilants:

  • un traumatisme dans notre jeunesse,
  • un événement particulier d’apparence anodine,
  • des peurs,
  • un blocage ou des résistances,
  • des désirs de réparations vis à vis de nos parents ou arrières grands-parents,
  • un héritage psychique trangénérationnel qui pèse sur nous,
  • un schéma familial qui se répète,
  • etc…

Tout ceci peut impacter nos choix de vie.

Le fait d’entamer un travail sur soi permet de décrypter son enfance, son adolescence, le début de sa vie d’adulte, sa famille, nos relations sentimentales, les étapes clés de sa vie et les choses qui nous ont plus ou moins marqué. Débuter cette analyse permet de mieux comprendre comment notre passé peut être en résonance avec notre quotidien à travers nos choix.

psychanalyse

Ainsi, une introspection permet de mieux se connaitre, de mieux cerner ses manques, ses failles, ses craintes, ses besoins, ses désirs plus ou moins conscients. Grâce à ce recul sur notre vie, on comprend alors certains de nos choix. Pourquoi ce métier nous a plu, pourquoi on a eu besoin de ce type de partenaire à ce moment là, etc… On remet du « sens » là où d’apparence il n’y avait que de la logique.

De ce fait, à la suite d’un travail sur elle, peut-être que Chloé se réorientera professionnellement ou peut-être qu’elle s’appropriera son métier différemment. Peut-être aussi que l’analyse de Charlotte va l’inviter à découvrir d’autres hommes qu’elle n’aurait pas remarqué auparavant…

Avoir conscience de ce qui nous guide et influence nos choix nous donne le pouvoir d’agir sur nos vies là où auparavant nous en étions parfois juste spectateur. Ainsi libéré des traces du passé, nous pouvons faire des choix beaucoup plus éclairés, beaucoup plus conscients. Et qui sait, peut-être radicalement changer de vie ?

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4 commentaires

  1. c’est un article qui me parle beaucoup. Faire des choix semble simple , mais en réalité, il y a beaucoup de choses qui entre en jeux. Et jusqu’à il y a peu, et même encore maintenant j’ai été prisonnière de certains éléments comme la famille surtout les parents, mon éducation et des craintes venant de l’enfance.
    Encore aujourd’hui c’est difficile de ce défaire de ces schémas. Ton article fait réfléchir . Merci

  2. C’est une très bonne question que tu soulèves dans cet article et ta vision des choses est intéressante et similaire à la mienne. Je me permets de te donner mon point de vue.
    Je pense que nous avons toujours le choix, que nous décidons de notre vie et que nous en avons décidé. Je m’explique. Je pense que la plupart des grands évènements de notre vie sont des choix inconscients, choisis par notre âme (donc par nous-même) avant de s’incarner. Que ce que nous vivons est toujours choisi pour nous permettre d’évoluer, de soigner des blessures (de cette vie là, provenant des ancêtres ou des vies antérieures). Nous faisons bien sûr des choix conscients également et nous avons toujours le choix de choisir ci plutôt que ça (le libre arbitre).
    Mais difficile de savoir à quel moment nous faisons un choix pour la première fois et à quel moment nous choisissons de suivre un choix fait avant de s’incarner.

    Difficile à expliquer, j’espère que tu vois ce que je veux dire par là 😉

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