Le tabou du psychiatre: entre représentations et réalités

Dans ma pratique, il m’arrive très régulièrement de travailler “en réseau”. C’est-à-dire que j’oriente fréquemment une personne que je rencontre auprès de son médecin généraliste ou d’un psychiatre. Psychiatre, oups ! Le gros mot est lâché. Généralement, quand je propose ça à un patient, la réaction ne se fait pas attendre !

Vous pensez que je suis fou ?

D’après mon expérience, orienter auprès d’un psychiatre n’est pas une mince affaire. Je sais que dans la majorité des cas, je vais passer un petit moment à déconstruire les représentations négatives ou incorrectes que les patients peuvent avoir du métier, les informer et les rassurer.

C’est donc pour cette raison que j’ai eu envie de contacter une psychiatre pour qu’elle vous expose son travail un peu plus en détail ! J’ai donc pris RDV avec Juliette, interne en psychiatrie et future psychiatre et je lui ai posé toutes vos questions ! LET’S GO GUYS !

PSYCHIATRE & CONSULTATIONS

C’est quoi un psychiatre ?

Un psychiatre est quelqu’un qui a fait des études de médecine. Dans un premier temps, l’étudiant bûche 6 années sur toutes les branches de la médecine (cardiologie, pneumologie, gynécologie, médecine infectieuse, etc.). Puis dans un second temps, il va se spécialiser en psychiatrie pendant 4 à 5 ans selon la discipline choisie (psychiatrie générale ou un domaine plus précis comme la pédopsychiatrie par exemple).

Un psychiatre est donc un médecin et son titre lui permet de prescrire des médicaments, des examens de santé (prise de sang, scanner, etc.) ou encore d’examiner son patient (auscultation cardiaque, pulmonaire, etc.), ce qui n’est pas le cas du psychologue.


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Quel est le parcours de soin pour en rencontrer un ?

Actuellement, trouver un psychiatre qui accepte de recevoir de nouveaux patients n’est pas toujours facile… Et les tarifs appliqués sont parfois élevés !

Plusieurs possibilités existent :

  • Consulter un psychiatre libéral : Vous pouvez trouver des coordonnées dans l’annuaire, sur internet, etc… En prenant rendez-vous il faut se renseigner sur les tarifs de consultation. Si le psychiatre est en secteur 1, le tarif de la séance sera pris en charge par la sécurité sociale à hauteur de 70% (le patient devra payer le reste, soit 15 euros). Si le psychiatre consulté est en secteur 2, la sécurité sociale ne remboursera que 26.30 euros et le reste sera à la charge du patient. Cela n’est pas négligeable étant donné qu’à Paris les consultations en secteur 2 coûtent environ 120 euros. Que vous consultiez en secteur 1 ou en secteur 2 il faut avoir été adressé chez le psychiatre par son médecin généraliste pour être remboursé de façon optimale.
  • Consulter un psychiatre en CMP (Centre médico-psychologique) : Les centres médico-psychologiques offrent des soins totalement gratuits et regroupent divers professionnels (psychiatre, psychologues, infirmiers). Le revers de la médaille c’est que l’attente avant d’accéder aux soins est souvent longue (plusieurs mois, voire 1 an dans certaines villes).
  • Consulter un psychiatre au SSU (service de santé universitaire) : Si vous faites des études par le biais d’une université publique, vous avez accès gratuitement aux soins dispensés dans les SSU. Des psychiatres y exercent parfois mais ce n’est pas le cas dans tous les SSU.

A noter qu’il n’est aucunement obligatoire de passer par un médecin généraliste pour accéder à un psychologue.

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Comment se déroule une consultation ?

Une première consultation dure en moyenne 1h à 1h30. Le médecin psychiatre va bien entendu faire connaissance et identifier les difficultés de la personne reçue dans un premier temps. Il prendra aussi un moment pour explorer d’éventuels problèmes de santé, les allergies, le tabagisme ou la consommation d’autres drogues. La séance peut se conclure par des objectifs thérapeutiques mais ce n’est pas forcément le cas. Parfois, se sont des examens complémentaires (bilan sanguin, scanner cérébral, etc.) qui seront demandés. Bien souvent, plusieurs rencontres seront nécessaires pour bien cerner la problématique du patient.

En ce qui concerne les consultations de suivi, elles varient selon le psychiatre… et le patient ! En effet, il n’existe toujours pas de recette magique applicable à tout le monde ! Leur durée va de 20 à 45 minutes, et leur fréquence peut être d’une fois par semaine à une fois par mois ou tous les 2 mois. Cela dépend en fait de ce qui a été décidé avec le psychiatre :

  • S’agit-il d’un suivi psychothérapeutique au cours duquel le patient va être amené à travailler sur ce qui lui pose problème ? Dans ce cas, les consultations seront plus rapprochées et plus longues. De plus, des objectifs ou des « exercices » à faire à la maison peuvent être mis en place.
  • S’agit-il plutôt d’un suivi centré autour de la prescription médicamenteuse ? Dans ce cas, pas besoin de rencontrer son psychiatre toutes les semaines pendant 45 minutes, en général 1 fois par mois suffit.

Il ne faut pas hésiter à discuter de tout cela avec son psychiatre pour avoir le suivi qui convient.

En séance, de quoi parle-t-on ?

Il est difficile de faire une généralisation à propos du contenu des séances, car celui-ci varie au fil des patients et des psychiatres.

Cependant on peut observer 2 grandes tendances :

  • Si le travail amorcé est plutôt une psychothérapie, divers sujets seront abordés pendant les séances. Il s’agit pour le psychiatre et son patient de comprendre comment et pourquoi les symptômes se sont développés, ce qui favorise leur persistance et quelles sont les dynamiques psychiques en place chez le patient. Les sujets sont abordés selon ce qu’il semble important d’explorer. Mais le patient peut évidemment manifester son désir d’aborder telle ou telle thématique.
  • Si les consultations avec le psychiatre sont plutôt orientées sur la thérapeutique médicamenteuse, les questions concernant les symptômes et leurs évolution seront plus fréquentes.

Est-ce que je peux voir un psychiatre ET un psychologue en même temps ?

Combiner psychiatre et psychologue est tout à fait possible, ces deux professions sont complémentaires. C’est utile lorsque vous avez besoin d’une psychothérapie en parallèle d’un traitement médicamenteux.

À la fin de leurs études, les psychiatres obtiennent d’office le titre de
psychothérapeute cependant cela n’est pas forcément représentatif de la réalité. En effet, les psychiatres ne sont pas tenu de se former à un type de psychothérapie pendant leur étude (même si ils sont censés détenir les bases de certaines d’entre elles).

Les psychiatres ne sont donc pas tous à l’aise avec la psychothérapie. Ils peuvent donc vous conseiller de consulter un psychologue car ils ne maîtrisent pas les outils psychothérapeutiques, ou bien pas ceux dont vous auriez besoin. Ou encore s’ils manquent de temps pour vous recevoir en entretien de façon rapprochée.

psychiatre

MYTHES VS RÉALITÉ

Voit-on un psychiatre uniquement quand on est « malade » ?

Parfois c’est la simple représentation qu’on a du psychiatre qui nous empêche d’aller consulter : « le psychiatre c’est pour les fous ! ». On pense souvent qu’il ne s’occupe que de patients “dangereux” ou ayant perdu le “sens des réalités”. Dans les faits, le psychiatre s’occupe des patients qui souffrent psychiquement. Se sentir fortement déprimé, angoissé, ou avoir des comportements qui font souffrir sont autant de raisons valables pour aller le consulter.

Mais il est vrai que lorsqu’un mal-être s’installe et qu’il impacte notre vie quotidienne, il n’est pas toujours facile de savoir vers quel professionnel se tourner. Le mieux est dans ce cas d’en faire part à son médecin généraliste. Celui-ci, après avoir évalué la situation, pourra inviter son patient à se tourner vers un psychologue ou un psychiatre.


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Peut-on m’enfermer en hôpital psychiatrique sans mon consentement ?

La psychiatrie est la seule spécialité médicale dans laquelle les médecins
peuvent obliger quelqu’un à se soigner même lorsque cette personne ne le souhaite pas
. Il faut alors mettre en place une mesure de soins sans consentement.

Plusieurs conditions doivent être réunies pour pouvoir mettre en place cette mesure :

  • Le patient doit présenter des troubles psychiatriques qui nécessitent des soins immédiats et altèrent sa capacité à le reconnaître et donc à y consentir. Les troubles mentaux qu’il présente peuvent mettre en danger sa sécurité personnelle ou celle d’autres personnes.
  • Plusieurs psychiatres différents doivent rédiger des certificats médicaux attestant que ces conditions sont bien réunies chez le patient.
  • Une fois que cela est fait, c’est le juge des libertés qui statuera sur la poursuite ou non de la mesure de soins sans consentement.

Une telle mesure commence toujours par une hospitalisation. Lorsque les psychiatres le jugent possible et nécessaire, elle peut se poursuivre alors même que l’hospitalisation est terminée. Le patient a alors l’obligation d’honorer les rendez-vous médicaux avec son psychiatre.

Ce type de mesure peut prendre fin ! A partir du moment où le psychiatre juge le patient de nouveau suffisamment lucide pour prendre seul des décisions quant à ses soins, la mesure est levée.

Vais-je devoir prendre des médicaments obligatoirement ?

Si vous ne souhaitez pas prendre de traitement, personne ne peut vous y
contraindre (sauf si vous faites l’objet d’une mesure de soins sans consentement).

Quelle que soit la raison du refus, il ne faut pas hésiter à la partager avec votre psychiatre. Celui-ci pourra vous donner des explications, vous rassurer ou encore vous proposer autre chose.

Y-a-t-il des limites au secret médical ?

Le secret médical a effectivement des limites. En effet, si tout médecin est tenu au secret médical il est aussi tenu de protéger son patient. Notamment quand celui-ci est en danger et vulnérable. Par exemple, si le patient est mineur et confie être victime de violences, le psychiatre peut outrepasser le secret médical en alertant les autorités compétentes.

En cas de délit commis par un majeur, le psychiatre n’est pas autorisé à divulguer l’information. Il est d’ailleurs nécessaire de rappeler qu’il est présent pour aider son patient et non pour rendre justice !

traitement médical

CONCLUSION

Pour conclure, je voulais encore une fois remercier Juliette pour sa disponibilité et le partage de sa pratique. De vous à moi, cela n’a pas été facile de dénicher un médecin psychiatre qui a accepté de jouer le jeu. Cet article me trotte en tête depuis des années et c’est seulement en 2021 que j’arrive à la concrétiser !

Malheureusement, je constate avec tristesse le manque de proximité entre les psychos et les psychiatres et je trouve ça très dommage. Tant pour les pros que pour les patients. J’espère qu’avec le temps, nous arriverons mieux à travailler ensemble !


Hey ! Je suis aussi sur Instagram

Vous savez, ce réseau envahi par le dropshipping et où des influenceurs/euses partagent leurs corps photoshopés avec le hashtag #bodypositive

Et ben il s’y passe aussi des trucs cools. Et comme je suis une une bloggeuse cool, j’ai un compte Instagram 😎

Vous n’y verrez pas mes fesses potelée sur une plage aux Maldives, mais des conseils, décryptages de l’actu psycho, infos pratiques, coups de gueule… (et, j’avoue, peut-être mon chat une fois de temps en temps 😏 )

Alors, n’hésitez pas à y faire un tour et à vous abonner si le cœur vous en dit !

5 commentaires

  1. Bonjour Line,

    Merci pour cet article qui, je l’espère, va éclairer l’avis de nombreuses personnes. J’ai été amenée à consulter un psychiatre pendant plusieurs années (2013 à 2016) pour une grosse dépression et cela m’a beaucoup aidée, je pense qu’avec un suivi psychologique seulement j’aurais eu bien plus de mal à m’en sortir. Durant cette période j’ai même été hospitalisée en maison de repos et j’ai pu faire un double suivi psychiatre et psychologue, je te rejoins donc sur la complémentarité des deux professions.

    Belle journée

    • Line Mourey

      Coucou !
      Merci beaucoup beaucoup pour ce retour d’expérience, c’est super intéressant d’entendre le vécu d’un patient.
      Psycho et psychiatre sont selon moi, fait pour bosser en équipe. Et quand ça fonctionne, c’est tout bénef pour la personne reçue. Le patient avance plus vite 🙂

  2. C’était très intéressant ! Mais j’ai une question : dans la spécialisation en psychiatrie pendant les études, et puisque l’apprentissage de la psychothérapie n’est pas obligatoire, qu’est-ce qu’ils apprennent ? De la psycho, de la neurologie, de la neuro-psychologie ? En quoi consiste la spécialisation, en fait ?

    • Line Mourey

      Hey !
      Super question !
      Je me permets d’y répondre sans confirmation à 100% de Juliette mais si besoin, je peux l’appeler pour qu’elle nous éclaire.
      Selon moi, la spécilisation sert à approndir les problématiques spécifiques à certains publics. Ex, tu fais la formation de psychiatre mais tu as envie de te spécialiser chez les enfants, ou la personne âgée, beh tu dois poursuivre tes études. Du coup, tu complètes tes acquis en matière de pathologie psy spécifique au public. 🙂

    • Juliette

      Bonjour, Très bonne question !
      Pour compléter la réponse de Line j’apporte un petit complément : les apprentissages dépendent tout d’abord des facultés et des services dans lesquels les internes (futures psychiatres) exercent. Mais les enseignements théoriques portent nécéssairement sur les traitement utilisés en psychiatrie, les causes des pathologies et les signes de celles-ci. On peut aussi avoir des enseignements sur les bases psychothérapeutiques selon certains courants, sur la neuropsychologie, les intrications entre les maladies psychiatriques et somatiques, etc. Ceci étant, la majeure partie de l’apprentissage se fait par “compagnonnage” dans les services hospitaliers.

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