Chèque psy, bonne ou mauvaise idée ?

Bon, je ne vous cache pas que je suis grognon-grognon depuis quelques jours… On ne connaît pas encore toutes les modalités de ce “chèque psy” destinés aux étudiants en détresse que ça me fait déjà cogiter ! D’un côté, les gens sont enthousiastes et de l’autre les pros beaucoup plus mitigés. Alors je vais prendre un chocolat chaud, m’installer confortablement sur mon canap’ et vous exposer mon point de vue de psychologue insatisfaite. Parce que oui ! Râler, c’est ma deuxième passion (après les chats).

ATTENTION: Ce dispositif n’ayant encore pas vu le jour, je me suis basée sur les éléments disponibles sur internet et relayés par les médias.

LE POSITIF DU CHÈQUE PSY

Commençons par le commencement, à savoir les points positifs de cette démarche.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’actuellement une grande partie de la population française est en souffrance psychique du fait de la crise sanitaire. On remercie au passage le COVID-19.

Parmi les Français en souffrance, les étudiants se sont récemment fait entendre. Grands laissés pour compte, ces derniers sont isolés de leur promo, suivent des cours à distance et vivent reclus dans des logements minuscules. Et évidemment, ils vivent très mal la situation. Suicide, mal-être, idées noires, TCA, TOC, dépression, anxiété, insomnie et autant de joyeusetés se sont incrustés dans leur vie.

Alors on est bien d’accord, les étudiants ne sont pas les seuls à morfler mais sans bonne mutuelle et sans revenu, ils ne peuvent pas prendre soin de leur santé psychique comme ils l’aimeraient. C’est pour cela que le gouvernement va mettre en place prochainement un “chèque de soutien psychologique” pour les étudiants afin qu’ils puissent consulter des psychologues et surmonter cette épreuve difficile.

Ce chèque psy disponible le 1er février à tout étudiant qui en fait la demande à un médecin généraliste permet de:

  • Faciliter l’accès au soin pour les étudiants,
  • Soulager la souffrance psychique,
  • Rencontrer un psychologue, un psychothérapeute ou un psychiatre,
  • Bénéficier au moins de 3 séances gratuites.

Et là, on se dit “yeaaaaah” ! Mais moi, je me dis que Manu, il aurait pu faire plus pour la jeunesse (et pour les pros) !

LE NÉGATIF DU CHÈQUE PSY

Alors Manu, prends des notes ! Voici mon petit coup de gueule du jour ! En bonne râleuse, j’ai trouvé quelques lacunes à ce dispositif.

Les faiblesses du chèque de soutien psychologique:

Premièrement, pourquoi mais pourquoiiiiiiiiiiii rendre ce dispositif temporaire “juste le temps de la crise” ? Avec ou sans COVID-19, bon nombre d’étudiants sont en souffrance. La pandémie a “juste” mis (beaucoup) d’huile sur le feu et il est essentiel de faciliter leur accès au soin.

Deuxièmement, pourquoi mais pourquoiiiiiiiii ne proposer que TROIS séances aux étudiants ? Et je ne veux pas entendre le “c’est mieux que rien, gnagnagna”. On ne soigne pas une dépression en 3 consultations. Quitte à prendre en considération le mal-être des étudiants, autant le prendre vraiment au sérieux et proposer autant de séances que nécessaire.

Troisièmement, pourquoi mais pourquoiiiiiii ne pas davantage communiquer sur les dispositifs gratuits déjà existants et qui accueillent les étudiants ? Il n’y a pas que les CMP et les psy du CROUS, d’autres structures existent.

Quatrièmement, pourquoi mais pourquoiiiiiiiii orienter vers les psychologues libéraux qui sont débordés et ne pas renforcer les équipes des structures déjà existantes ? Je sais que les services publics sont sous l’eau et les délais de prise en charge trop importants mais depuis le 16 mars 2020 (date du 1er confinement) les psys libéraux sont blindés aussi. Alors niveau gueguerre de délai c’est quasi kif-kif entre le public et le privé. C’est le serpent qui se mord la queue, nan ?

Cinquièmement (et là, c’est pour ma pomme), pourquoi mais pourquoiiiiiiii payer les psys au rabais avec des chèques de 30 ou 40 euros ? Généralement, une consultation de psy coûte autour de 50 euros donc pourquoi je devrais accepter de perdre de l’argent ? J’en ai marre d’être sous-considérée alors que je suis d’utilité publique (oui, mon ego s’envole).

Les solutions:

Alors Manu, je ne vois que trois solutions:

  • Renforce les équipes du service public, donne-leur des moyens supplémentaires ! Embauche des psys pour diminuer les délais de prise en charge, propose des CDI et un meilleur salaire pour qu’ils restent en poste. J’en ai marre de faire plus avec moins et de cette précarité de merde alors qu’on a besoin de nous.
  • Communique davantage sur les dispositifs existants ! Les étudiants ne savent pas ce qui est déjà disponible pour eux et leur santé.
  • Et utilise la sécu pour rembourser les consultations chez un psychologue en libéral à un prix correct ! Je veux bien passer para-médicale ou médicale mais à condition qu’on reconnaisse mon travail à sa juste valeur.

Les structures psy gratuites pour les étudiants:

Alors si vous êtes étudiant et que vous n’avez pas un moral au top, voici une liste où vous pouvez aussi trouver un soutien psychologique gratuit.

Les maisons des ados, apsytude, le bureau d’aide psychologique ou encore les centres médico-psychologiques sont présents un peu partout, n’hésitez pas à les contacter. N’oubliez pas non plus que la mutuelle des étudiants (LMDE) prend en charge 10 séances chez un psychologue en libéral et n’hésitez pas à vous renseigner auprès des associations locales ou sur les expérimentations psychologiques en cours sur le territoire français.

CONCLUSION

Vous l’aurez compris, si je râle aujourd’hui c’est que la proposition du gouvernement est intéressante mais pas suffisante.

Bien évidemment, si je me mets à la place des étudiants, c’est une bonne chose de voir le gouvernement agir pour leur santé psychique et leur bien-être. Ce chèque psy prend en compte leur souffrance et leur permet de trouver des solutions le temps de la crise. Donc si vous êtes étudiants et que vous avez la possibilité d’en profiter, foncez !

Et qui sait, peut-être que face à la demande importante des étudiants, ce dispositif bancal permettra de trouver des solutions plus durables à l’avenir pour la santé des étudiants et la valorisation des psys ? Je le souhaite.


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11 Comments

  1. Oh lala tout ça existe ! Si j’avais su, quand j’étais étudiante !

    C’est déjà bien qu’on prenne en compte la problématique psychique (des étudiants et en général) et que l’on ait une occasion de valoriser les psy. J’ai l’impression qu’encore aujourd’hui quand tu dis que tu dois aller voir un psy, que t’as été en voir un, ou que tu veux en devenir un on te regarde un peu comme un original… une copine en Médecine a un gars dans promo qui veut devenir psychiatre. Quand il l’a dit au milieu de l’amphi blindé de futurs neuro-chirurgiens et compagnie, tout le monde l’a regardé bizarrement comme si c’était une sous-discipline…

    • Line Mourey

      Oui, il existe pas mal de choses pour les étudiants mais malheureusement ces dispositifs sont très mal identifiés (aucune comm’ dessus, donc les étudiants ne viennent pas à eux) ou alors les délais sont trop importants car sous effectif de psy… 🙂

      C’est vrai qu’il y a encore un tabou concernant les consultations chez un psy. C’est dommage ! Et pour rebondir sur la psychiatrie en médecine, j’ai appris ce weekend que c’était la discipline la moins bien payée parce qu’il n’y a pas “d’acte médical” (= de soin pur), donc ce n’est pas rentable. C’est fou !

  2. Zaynab

    Super article !
    Je confirme qu’en tant qu’étudiante je ne connaissais que 3 dispositifs sur les 9 cités… Et puis l’idée que les structures d’aide psychologique gratuite sont souvent débordées et que les délais sont très longs est largement répondue parmi les étudiants, ce qui ne les incite peut être pas à se tourner vers eux…

    • Line Mourey

      C’est déjà super d’en avoir identifié 3 sur 9 ! Beaucoup d’étudiants ne connaissent pas leurs droits en matière de santé psychique et c’est bien dommage… C’est vrai que de nombreux dispositifs publics ont un certain délai et cela décourage. Mais les “maisons des adolescents” par exemple ont pour obligation de recevoir sous 15 jours. Ce qui reste correct 😉

  3. Marianne CALOIN

    Bien d’accord avec vous. J’ajouterai que je ne vois pas pourquoi les étudiants auraient nécessairement besoin de passer par un médecin pour identifier une souffrance psychique. Beaucoup de personnes me consultent ( je suis psychologue psychothérapeute) logiquement directement, de même que ça ne viendrait à l’idée de personne d’aller voir un psy pour une angine, psy qui orienterait ensuite vers un médecin…

    • Line Mourey

      C’est effectivement mon cas et le cas de beaucoup de confrères/consoeurs 🙂

      Actuellement, je peine à orienter les patients que je ne peux recevoir auprès de psychologues ou auprès de psychiatres. Leurs délais s’attentes sont de plusieurs mois, comme en institution. Bien sûr, il y a des exceptions à tout ! Je travaille à côté dans une structure qui accueille les -25 ans et je vois très peu d’étudiants. Le temps d’attente est de 15 jours, on est gratuit. Donc toutes les structures ne sont pas blindées non plus, certaines sont juste très mal identifiées 😉

      Mais c’est bien que certains psys aient encore des dispos, vous allez pouvoir recevoir des jeunes en demande et en souffrance ! Tant mieux 🙂

  4. fournier

    je suis moi même psychologue en libéral et j’adhère complètement à ce que vous dites, de plus, avec beaucoup d’humour! bravo.
    et pourquoi en effet un étudiant devrait-il passer devant un medecin généraliste avant d’aller consulter un psychologue? ( et pourquoi pas exiger qu’une personne désirant consulter un généraliste consulte au préalable un psychologue… pour voir si c’est bien adapté… hein? il y aurait pas comme une petite odeur de corporatisme là dedans? (ou alors je psychote..)
    n’aurait-on pas confiance en notre expertise?
    l’état craint-il que consulter devienne un loisir à la mode?

    Non un travail chez un psychologue n’est pas forcément une partie de plaisir, on y aborde de sujets douloureux que l’on travaille avec ardeur pour s’en soulager. Et ce travail à un coût qu’il convient de retribuer justement. la trés grande majorité des psychologue qui font de la psychothérapie on complété leur formation initiale par des formations et souvent nombreuse, en techniques de thérapies. les formations coûtent chers en , en temps et en argent…et il faudrait que nous soyons sous payé?!
    faudrait pas pousser mémé dans les orties… non?

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